La dépression est une maladie mentale fréquente qui touche tous les âges. Les différentes études menées sur le territoire montrent que la santé mentale des Français se dégrade, notamment chez les jeunes (18-24 ans). La consommation d’antidépresseurs a par ailleurs fortement augmenté et une récente étude du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge révèle que cette hausse est de 62 % chez les plus jeunes (entre 2014 et 2021).
Dépression, antidépresseurs : de quoi parle-t-on ?
La dépression désigne une maladie psychique qui est caractérisée par des perturbations de l’humeur. Cette humeur dépressive provoque de la tristesse, une perte de plaisir et de motivation, une baisse de l’estime de soi, des difficultés de concentration, etc. La dépression est à différencier de la déprime passagère que l’on peut ressentir après une déception, un échec ou un week-end morose. La dépression dure dans le temps et perturbe le quotidien des personnes concernées. Elle peut également entraîner des symptômes physiques, tels que des troubles du sommeil, des troubles digestifs, des maux de tête, de l’agitation, etc. Il est conseillé de consulter un médecin lorsque vous constatez plusieurs symptômes liés à une dépression pendant au moins deux semaines.
C’est aux professionnels de santé, médecin traitant et psychiatre, de définir le traitement contre la dépression. Une psychothérapie est fortement recommandée et elle peut être associée à la prise d’antidépresseurs si les épisodes dépressifs sont considérés comme modérés ou sévères. Des médicaments antidépresseurs sont alors prescrits pour réduire les symptômes de la dépression et améliorer l’humeur. Leurs effets se font généralement ressentir quelques semaines après le début de la prise. Ils agissent sur certains neurotransmetteurs, tels que la sérotonine ou la noradrénaline, en régulant leurs niveaux. Différentes familles d’antidépresseurs existent en fonction de la manière dont ils modifient l’équilibre chimique du cerveau.
Le rôle des probiotiques : les résultats d’une nouvelle étude
Détails de l’étude
Cette étude a été menée sur des patients hospitalisés aux Cliniques psychiatriques universitaires de Bâle (Universitäre Psychiatrische Kliniken Basel, UPK) et publiée dans Translational Psychiatry, une revue médicale anglaise. L’étude a duré 31 jours, pendant lesquels un groupe de 21 personnes a pris un probiotique alors que le second groupe, composé de 26 participants, s’est vu administrer un placebo. Cette étude est basée sur l’analyse des résultats de ces 47 patients qui ont terminé l’étude.
Tous les participants prenaient des antidépresseurs et ils ont été placés dans un des deux groupes de manière aléatoire. Différents paramètres ont été analysés, les patients ont réalisé une série de tests au début de l’étude, 31 jours plus tard, puis quatre semaines après la fin de la prise du probiotique ou du placebo.
Si tous les participants ont constaté une réduction des symptômes dépressifs, ceux du groupe probiotique, sans savoir qu'ils appartenaient à ce groupe, ont fait état d'une amélioration encore plus significative par rapport au groupe placebo.
Importance de l’observance des traitements
Les auteurs de l’étude soulignent que le principal résultat, à savoir une amélioration plus marquée des symptômes dépressifs après la prise du probiotique, confirme les observations d’une étude antérieure, laquelle avait constaté un effet positif continu des probiotiques sur les symptômes liés à la dépression. Cette influence bénéfique n’a pas été observée sur les états anxieux de patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable.
Autre constat important à relever dans cette étude : les effets des probiotiques n’étaient significatifs et accentués lors du suivi à 8 semaines (3e test) que dans le sous-groupe où la prise des probiotiques a été rigoureusement respectée, indiquant un taux de rémission de 55 % dans le groupe probiotiques, contre 40 % dans le groupe placebo. Il est nécessaire de souligner ici l’importance de l’observance de la supplémentation probiotique qui est aussi essentielle que pour le traitement antidépresseur.
L’effet des probiotiques sur la composition bactérienne
Les chercheurs ont également constaté que les patients du groupe probiotique présentaient un microbiote intestinal plus sain, du moins temporairement. Les échantillons de selles ont montré une augmentation des bactéries lactiques, un effet qui a coïncidé avec la réduction des symptômes liés à la dépression.
Les bactéries lactiques sont des bactéries utiles pour le microbiote puisqu’elles produisent de l’acide lactique permettant d’acidifier le milieu intestinal et de contribuer à l’élimination des bactéries indésirables.
L’étude a également montré que les bactéries bénéfiques ont contribué à normaliser le traitement des émotions dans le groupe de participants ayant reçu des probiotiques, ce qui n’a pas été constaté dans le groupe placebo. Pour rendre cette étude aussi objective que possible, les chercheurs ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique (IRM) de haute précision pour déterminer la façon dont certaines zones du cerveau réagissaient à la thérapie probiotique.
Les probiotiques en complément d’un traitement de la dépression
D’après les auteurs de cette étude, ces résultats suggèrent qu’une « supplémentation en probiotiques améliore les symptômes de la dépression et permet de maintenir des entérotypes sains ainsi qu’une diversité bactérienne, augmentant ainsi le nombre de bactéries intestinales bénéfiques. Au niveau du système nerveux, les probiotiques modifient les préjugés négatifs et la valence émotionnelle (*caractère agréable ou désagréable d’une émotion) en plus du traitement médical standard de la dépression ».
Ces conclusions doivent être certes validées dans le cadre d’études plus longues et vastes du point de vue du nombre de participants. Cependant, ces observations mettent en évidence le rôle de l’axe intestin-cerveau dans le trouble dépressif et le potentiel des approches thérapeutiques centrées sur le microbiome pour améliorer l’efficacité des traitements actuels de la dépression. De plus, les probiotiques sont des compléments facilement disponibles, bien tolérés et ils ne présentent pas d’effets secondaires.
Source : https://todayspractitioner.com/mood-microbiome/probiotics-boost-mood-in-people-on-antidepressants/#.Y8EnQDu1Rbx