Et si les ours bruns détenaient la clé contre l’obésité ?
Chaque été, les ours bruns entrent en mode « stockage intensif ». Leur mission : accumuler un maximum de graisse pour survivre à l’hiver, qu’ils passeront à dormir, sans manger ni bouger. Résultat : en quelques mois, ces mammifères peuvent presque doubler leur poids. Et pourtant, une fois sortis d’hibernation, ils retrouvent leur ligne… naturellement, sans effort, et surtout, sans que cela n’ait entraîné la moindre conséquence sur leur santé.
Un tel scénario semble impensable chez l’humain : une prise de poids aussi rapide s’accompagne bien souvent de troubles métaboliques liés à l’obésité comme le diabète, le cholestérol ou les maladies cardiovasculaires… Alors comment ces animaux parviennent-ils à prendre (puis à perdre) autant de poids sans subir les effets délétères que connait l’humain ?
C’est cette question qui intrigue depuis plusieurs années la communauté scientifique. Il y a une dizaine d’année, une équipe dirigée par Fredrik Bäckhed, chercheur à l’Université de Göteborg en Suède, s’est penchée sur… le microbiote intestinal des ours bruns.
Le microbiote intestinal des ours bruns : une forte capacité d'adaptation aux saisons
Pour percer le mystère, les chercheurs ont suivi 16 ours bruns en liberté, à deux moments-clés de l’année — en été, quand ils mangent sans relâche, et en hiver, pendant l’hibernation — et ont prélevé des échantillons de selles pour analyser la composition de leur flore intestinale.
Résultat ? Des variations spectaculaires de leur microbiote d’une saison à l’autre. Il est très diversifié l’été, avec une dominance de bactéries Gram-positives par exemple, ce qui n’est pas le cas en hiver, puisque cette diversité, au contraire, s’effondre. Comme si l’intestin lui-même s’adaptait au mode de vie du moment.
Les chercheurs ne se sont pas arrêtés à ce constat : ils ont voulu comprendre l’impact réel de ces bactéries sur l’organisme. Ils ont donc transplanté le microbiote intestinal des ours bruns — prélevé en été et en hiver — à des souris élevées en environnement stérile, c’est-à-dire dépourvues de microbiote intestinal.
Des souris qui prennent beaucoup de poids… mais qui restent en bonne santé
Les résultats ont surpris : si les souris ayant reçu les « bactéries d’été » ont pris du poids plus rapidement que les autres, leur métabolisme, en revanche, est resté parfaitement sain. Pas de diabète. Pas d’inflammation. Aucune trace de déséquilibre métabolique.
Ces résultats suggèrent que le microbiote des ours bruns joue un rôle « protecteur », permettant une prise de poids sans déclencher de troubles métaboliques — un cas exceptionnel comparé à ce que l’on observe chez l’humain.
Une piste pour traiter l’obésité humaine ?
Cette découverte ouvre une perspective fascinante : et si nous pouvions moduler notre propre microbiote pour mieux réguler notre métabolisme ? En imitant certaines caractéristiques de celui des ours en été, il serait peut-être possible de limiter les effets néfastes d’une prise de poids, voire de prévenir certaines maladies associées à l’obésité.
À ce stade, il ne s’agit évidemment que d’une piste de recherche, et rien ne garantit qu’elle aboutira à une application chez l’humain. Mais cette découverte illustre une fois de plus à quel point la nature peut inspirer la médecine moderne. Dans la lutte contre l’obésité, les ours bruns pourraient bien devenir de précieux alliés.
Publié le 5 février 2016, dans la revue scientifique « Cell Reports » :
The Gut Microbiota Modulates Energy Metabolism in the Hibernating Brown Bear Ursus arctos“
Source : http://derstandard.at/2000030471334/Wie-die-Darmflora-beim-Ueberwintern-hilft