La dysbiose : définition
La dysbiose est le terme pour désigner un déséquilibre ou une perturbation de la composition naturelle et habituelle d’un microbiote. Cet ensemble de micro-organismes comprend des bactéries mais aussi des archées, des virus et des champignons. En fonction du microbiote concerné (intestinal, vaginal, buccal, cutané, etc.), un déséquilibre peut signifier :
- une perte de diversité bactérienne,
- une diversité bactérienne excessive,
- une diminution de bactéries bénéfiques,
- une augmentation d’espèces opportunistes.
Lorsque la composition du microbiote est optimale, on parle alors d’eubiose ou de symbiose. La dysbiose n’est pas considérée comme une maladie mais elle est peut-être la CAUSE de maladies ou la CONSÉQUENCE de maladies.
Pourquoi l'équilibre des microbiotes est si important ?
Une dysbiose peut favoriser le développement de pathologies. Un microbiote déséquilibré est associé à de nombreuses maladies parmi lesquelles on trouve le diabète de type 2, l’obésité, les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin. De nombreuses études ont mis en évidence des associations entre les altérations du microbiote et diverses maladies. C’est la raison pour laquelle la restauration d’un microbiote équilibré est de plus en plus étudiée comme option thérapeutique.
Les microbiotes : des écosystèmes essentiels
Caractéristiques du microbiote intestinal
Les connaissances scientifiques autour du microbiote sont relativement récentes et les études sont de plus en plus nombreuses car il y a encore tant de choses à découvrir, ce monde microbien étant extrêmement vaste et diversifié. Ce sont aussi les raisons pour lesquelles il est difficile de donner des caractéristiques très précises mais voilà ce que nous pouvons en dire dans les grandes lignes :
- unique et propre à chaque individu,
- le plus important microbiote du corps humain,
- composé de bactéries mais aussi de virus, de champignons et de protozoaires,
- plusieurs milliards de micro-organismes,
- très grande diversité bactérienne (pour un microbiote optimal),
- 2 phyla dominants : les Firmicutes et les Bacteroidetes.
Le rôle du microbiote intestinal
Le microbiote intestinal joue un rôle dans les fonctions digestives, métaboliques, immunitaires et neurologiques, rien que ça ! Pour ce qui est de la digestion des aliments, les bactéries intestinales permettent entre autres la dégradation des fibres alimentaires, la synthèse de certaines vitamines et l’assimilation des nutriments. Concernant le métabolisme, le microbiote influence la gestion de l’énergie, des nutriments et du stockage des graisses. L’axe intestin-cerveau fait référence aux interactions entre les deux organes. Ils s’échangent constamment des informations et des répercussions sont visibles sur les émotions, l’humeur, le sommeil, etc. Enfin, le système immunitaire doit beaucoup à l’intestin puisque ce dernier abrite 70 % des cellules immunitaires. La fonction de barrière de la muqueuse intestinale est aussi primordiale car elle empêche les bactéries pathogènes de se propager dans le corps.
La dysbiose intestinale est associée à la maladie de Crohn, à la colite ulcéreuse ou rectocolite hémorragique, aux troubles fonctionnels digestifs, aux troubles métaboliques tels que le diabète de type 2, l’obésité, le syndrome métabolique, la stéatose hépatique non alcoolique, aux allergies, etc. Des études sont en cours concernant d’autres maladies et troubles.
Les symptômes associés à une dysbiose intestinale
La dysbiose n’étant pas considérée comme une maladie, les symptômes sont fréquemment associés aux troubles provoqués par le déséquilibre du microbiote intestinal. Parmi les plus cités, on trouve :
- les ballonnements,
- les troubles digestifs, tels que la diarrhée ou la constipation,
- les douleurs abdominales,
- une digestion difficile,
- la fatigue,
- les sensibilités alimentaires,
- les troubles du sommeil.
Caractéristiques du microbiote vaginal
Moins étudié que le microbiote intestinal, le microbiote vaginal constitue encore un domaine émergent, dont beaucoup d’éléments restent à explorer. Les principales caractéristiques à retenir sont les suivantes :
- une diversité bactérienne réduite (comparé au microbiote intestinal),
- la prédominance des bactéries du genre Lactobacillus.
Le rôle du microbiote vaginal
La flore intime protège le vagin des germes étrangers et pathogènes. En produisant de l’acide lactique, les bactéries du genre Lactobacillus maintiennent un pH acide (entre 3,5 et 4,5) qui permet de repousser les agents nocifs. Le microbiote vaginal interagit avec le système immunitaire local, ce qui permet d’influencer la réponse aux infections. Des études ont également démontré l’importance de son rôle pour ce qui est de la santé reproductive (fertilité et PMA) ainsi que pour le bon déroulement d’une grossesse.
La dysbiose vaginale est associée ici à la vaginose bactérienne, à l’augmentation du risque d’infections génitales ou à des complications pendant la grossesse et favorise l’inflammation locale.
Les symptômes associés à une dysbiose vaginale
Les signes d’une dysbiose vaginale dépendent aussi des troubles liés au déséquilibre de la flore intime qui est normalement dominé par des lactobacilles. Les plus fréquents sont les suivants :
- une odeur inhabituelle,
- des pertes vaginales anormales,
- un inconfort ou une sensation de gêne,
- une modification du pH vaginal,
- une irritation.
Les causes d'une dysbiose
Les causes d’une dysbiose sont multiples et dépendent de nombreux facteurs dont certains peuvent être ajustés, tandis que d’autres relèvent de variables externes sur lesquelles nous n’avons aucune ou peu d’influence. Nous ne proposons pas ici une liste exhaustive des facteurs mais indiquons les plus fréquents et étudiés.
La naissance et la petite enfance
Commençons par le début : le développement du microbiome commence à la naissance et va être influencé par le type d’accouchement. En effet, les premières bactéries qui colonisent le corps d’un nouveau-né sont différentes si la naissance a lieu par voie basse ou par césarienne. Ensuite, la mère partage d’autres micro-organismes avec son bébé pendant l’allaitement, ce qui ne se produit pas lorsqu’il est nourri au lait artificiel. Dans ce contexte, on comprend facilement que le maintien d’un microbiote équilibré est important pour les futures mamans.
L'âge et les changements hormonaux
L’avancée en âge et les changements hormonaux sont deux autres facteurs importants à prendre en compte car leur impact sur les microbiotes a également été démontré par la recherche scientifique. Le vieillissement s’accompagne souvent d’une perte de diversité bactérienne, d’une altération de la fonction barrière intestinale et d’un affaiblissement de l’immunité. Par exemple, les bactéries du genre Bifidobacterium diminuent dans l’intestin avec l’âge. Quant aux changements hormonaux qui s’opèrent par exemple lors de la grossesse ou de la périménopause et ménopause, ils influencent la composition du microbiote vaginal. Ce sont surtout les œstrogènes qui jouent un rôle important.
La santé
De nombreuses études ont aussi démontré que les traitements antibiotiques s’attaquent non seulement aux germes pathogènes mais aussi aux bonnes bactéries intestinales. D’autres médicaments tels que les IPP – inhibiteurs de la pompe à protons ou les antidépresseurs peuvent avoir des effets négatifs sur le microbiome. Même constat pour certaines infections touchant le tractus gastro-intestinal.
Certaines maladies, les troubles du sommeil, le stress chronique constituent également des facteurs déterminants et peuvent être à l’origine d’une dysbiose.
Le mode de vie
Certaines habitudes liées à notre mode de vie sont connues pour altérer la composition du microbiote. La consommation d’alcool, de tabac, une hygiène inadéquate, un manque d’exercice physique, la sédentarité, etc. jouent un rôle significatif pour notre santé intestinale. Il est toutefois possible d’agir sur ces éléments, ce qui est une perspective encourageante.
Ensuite, le régime alimentaire influe grandement sur la composition du microbiote intestinal. La consommation d’aliments ultra-transformés, un faible apport de fibres, un régime riche en sucres et/ou en graisses sont autant d’éléments qui peuvent favoriser un déséquilibre du microbiote.
Autres facteurs
Il y a aussi des facteurs propres à chaque microbiote. Par exemple, une hygiène intime inadéquate peut perturber la flore vaginale en modifiant le pH par l’utilisation de produits inadaptés. Même chose pour le microbiote cutané, des lavages trop fréquents ou agressifs ainsi que l’utilisation de certaines lotions modifient le pH cutané et la population bactérienne de la peau.
Que faire pour le bien-être de vos microbiotes ?
Une alimentation équilibrée et riche en fibres
Pour le bien-être de vos bactéries intestinales, la consommation de fibres est essentielle car elles permettent de nourrir vos bonnes bactéries, ce qui favorise leur croissance et leur diversité. De plus, la fermentation des fibres par les bactéries entraîne la production de substances bénéfiques, comme les acides gras à chaîne courte. Un apport optimal en fibres est associé à une meilleure digestion et à un transit intestinal plus régulier.
Les fruits, les légumes, les légumineuses, les céréales complètes, les noix… N’hésitez pas à diversifier les fibres car elles nourrissent différentes bactéries.
Certains aliments fermentés présentent des probiotiques et sont bénéfiques pour le microbiote intestinal. Parmi eux, on trouve les yaourts natures, la choucroute, le kéfir, le miso (pâte fermentée à incorporer dans des soupes ou des sauces), le kimchi (chou fermenté avec des épices et des légumes), le kombucha (boisson fermentée), le tempeh (produit fermenté à base de soja), les cornichons, etc.
Des probiotiques ciblés pour l'équilibre du microbiote
Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui, lorsqu’ils sont consommés en quantités adéquates, confèrent un bénéfice pour la santé de l’hôte.
Les effets dépendent des souches bactériennes, c’est pourquoi il est primordial que les souches sélectionnées dans un produit soient précisément identifiées, pas seulement le genre comme Lactobacillus ou Bifidobacterium mais le nom exact de la souche, par exemple : Lactobacillus gasseri LBV150N (genre = Lactobacillus, espèce = Gasseri et désignation de la souche = LBV150N).
Par ailleurs, il existe des probiotiques ciblés pour des indications spécifiques car des souches de même espèce peuvent avoir des effets différents sur la santé. L’utilisation de probiotiques est considérée comme sûre car ils ont très peu de contre-indications et d’effets indésirables. Cependant, certaines précautions sont recommandées dans des situations médicales particulières.
Des prébiotiques pour soutenir les bactéries bénéfiques
Les prébiotiques sont des substances qui servent de nourriture spécifique (substrats) aux bactéries du microbiote intestinal. Ce sont des fibres spécifiques, telles que les fructo-oligosaccharides, la dextrine de maïs ou la gomme de guar, qui contribuent à soutenir les bonnes bactéries, à favoriser la digestion et à maintenir l’équilibre de notre écosystème microbien.
Ils sont très utiles pour les bactéries anaérobies, c’est-à-dire celles qui ne survivent pas en présence d’oxygène et qu’il est donc difficile de trouver en probiotiques.
Un mode de vie sain
Il y a certainement quelques éléments que vous pouvez améliorer ou modifier concernant votre mode de vie. Ces gestes auront non seulement un impact sur vos microbiotes mais aussi sur votre santé et votre bien-être global. Il ne s’agit pas de vous imposer des changements drastiques mais de nouvelles petites habitudes :
- préférer une boisson non alcoolisée (l’offre de bières et de vin sans alcool est de plus en plus importante avec des produits de qualité),
- prendre le temps de faire de l’exercice en famille ou entre amis (la marche, le vélo sont des activités qui peuvent être facilement proposées à plusieurs personnes),
- ajouter un fruit par jour à votre menu,
- réduire le temps devant les écrans (surtout le soir, ce qui permet de mieux dormir)
- dégager du temps pour voir ses amis ; les interactions sociales sont un pilier important du bien-être.
Si vous souhaitez mettre en place plusieurs nouvelles habitudes, il est conseillé de le faire progressivement. Choisissez-en une, puis une fois qu’elle semble bien installée et agréable, vous pouvez en tenter une nouvelle.
Pour en savoir plus et recevoir des conseils personnalisés adaptés à vos besoins, contactez-nous et notre équipe sera ravie de pouvoir vous aider.
Dysbiose et maladies : où en est la recherche ?
La recherche est encore très active concernant le microbiome et différents domaines tels que les troubles neuropsychiatriques (en lien avec l’axe intestin-cerveau), les maladies neurodégénératives (maladie de Parkinson et Alzheimer) ou le cancer colorectal.
Certains travaux, conduits chez l’animal, permettent d’explorer les mécanismes avant des études chez l’humain. Une équipe de chercheurs s’est ainsi intéressée aux effets que produit la consommation de viande rouge sur le microbiote intestinal. La viande rouge contient du fer héminique, une substance associée à des réactions pro-oxydantes pouvant produire des molécules impliquées dans le développement du cancer colorectal. Ce fer influence également la composition du microbiote intestinal. L’étude menée sur des rats a montré que ceux qui avaient reçu un régime riche en viande rouge présentaient plus de lésions intestinales que ceux qui ont suivi un régime alimentaire sans cet aliment.
Par ailleurs, des travaux récents ont mis en évidence des liens entre le microbiote intestinal et les troubles de l’humeur. Les chercheurs ont démontré qu’un déséquilibre du microbiote intestinal, provoqué notamment par un stress chronique, est associé à une diminution de certains métabolites (les endocannabinoïdes) dans le sang et le cerveau. Les expériences menées indiquent également que le transfert de microbiote d’animaux présentant des troubles de l’humeur à des animaux sains provoque des modifications biochimiques et comportementales similaires. Inversement, l’administration de certaines bactéries ciblées permet de restaurer les niveaux de ces métabolites et d’améliorer leur comportement.
Le microbiome et les probiotiques : des acteurs clés pour la médecine de demain
L’intestin et plus particulièrement les milliards de bactéries qui le colonisent suscitent un intérêt croissant chez les chercheurs et scientifiques. Les études consacrées aux microbiotes se multiplient, mettant particulièrement en lumière le microbiote intestinal. A mesure que les recherches progressent, la science souligne le rôle central joué par notre monde microbien sur notre santé.
De nombreuses études cliniques ont clairement démontré les effets positifs de certaines souches bactériennes probiotiques dans la prise en charge de pathologies très diverses, allant de la diarrhée associée aux antibiotiques à la dépression en passant par la vaginose bactérienne récurrente.
Sources
- https://www.inrae.fr/actualites/microbiote-intestinal-cancer-colorectal-quels-liens
- https://www.nature.com/articles/s41467-020-19931-2#
- Le microbiote intestinal participe au fonctionnement du cerveau et à la régulation des humeurs – Salle de presse de l’Inserm